Les sujets difficiles dans un roman — et si on en parlait ?

J’aurais pu écrire une histoire lisse. Propre. Sans aspérités. Une belle quête héroïque avec des dragons, de la magie et des gens qui vont globalement bien. Mais ce n’est pas l’histoire que j’avais envie de raconter. Je voulais une histoire qui me parle, avec ses beaux moments, et aussi ceux qu’on met soigneusement de côté pour ne pas avoir à les regarder en face.

La santé mentale dans un roman de High Fantasy — vraiment ?

J’entends déjà les éditeurs : mais qu’est-ce que ça fout ici ? Et franchement, je les comprends un peu. La High Fantasy, c’est un genre codifié, avec ses batailles épiques, ses royaumes en péril et ses destins grandioses, sans oublier les princesses et les héros. La santé mentale n’est pas vraiment au programme. Et pourtant.

Dans La Valse des Chimères, un personnage va traverser une épreuve profonde sur ce plan-là. Pas comme décor de façade, pas comme rebondissement dramatique facile, comme une réalité qui s’impose, qui affecte les autres personnages, qui tire sur les fils des différentes intrigues. Parce que c’est comme ça que ça fonctionne, dans la vraie vie aussi. Et cette partie du récit, c’est une partie de moi. Je la mets là, volontairement.

Mettre des mots, c’est déjà quelque chose

Dans nos sociétés dites modernes, la santé mentale reste souvent un sujet tabou. En famille, au travail, et même (surtout ?) dans les romans. Verbaliser une détresse, lui donner un nom, lui accorder de l’espace dans un récit : c’est une façon de dire que ça existe, que ça compte, et que ça ne rend pas moins courageux·se.

Il y a des personnes sensibles, souvent discriminées, qui ne se retrouvent pas souvent dans les histoires qu’elles lisent. Si certaines d’entre elles se reconnaissent dans un personnage de La Valse des Chimères, même un peu, même de loin, alors j’aurai fait quelque chose d’utile avec ce roman. Et bien sûr : dire qu’il existe des solutions, des ressources, des gens à qui parler. Que ce n’est ni une fatalité ni une faiblesse.

Le débat des avertissements

Mettre un message d’avertissement en début de livre, avec des numéros d’écoute et de soutien, j’y ai réfléchi. Ce n’est pas une décision simple. Pour certains lecteurs, ce sera une marque de respect. Pour d’autres, ça risque de rebuter, ou de cadrer la lecture d’une façon qui ne sera pas forcément bienvenue.

C’est cette histoire-là que je veux raconter

Avec ses beaux moments et ses mauvais. Avec ses personnages qui vont bien et ceux qui vont moins bien. Sans chercher à rendre les choses plus lisses qu’elles ne le sont — parce que la vraie vie ne l’est pas non plus.

Widalkand

Auteur de La Valse des Chimères

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